25/09/2008

S.D.F.

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J'ai posté ce texte déjà. Je vous l'offre là dans son intégralité. Un peu long me direz-vous! Mais la première version m'a semblée trop généraliste.

En fait lorsque je l'ai écrit, j'imaginais C. Chazal dans le "rôle" de la femme. Je ne veux pas dire que cette journaliste que j'apprécie se fiche des SDF mais, plus simplement pour moi, il était plus facile de mettre un visage sur la passante dont je parle:-).

S. D. F.

Il fait doux, temps matin
Mais un peu tristounet
Elle marche d'un bon pas
Lui ne sait où aller
Il fait semblant de vivre
D'entamer la journée
Il va un peu la suivre
Elle est déterminée
Comme toutes ces personnes
Qui s'en vont travailler.
Tous les jours il la voit
Elle est toujours en retard
Il essaie de savoir
Qui elle rejoint le soir
Quand elle rentre tard
Un mari, un amant
Et puis un, deux enfants!
Elle lui paraît heureuse
Son visage est serein
Mais est-elle amoureuse
Sans doute un homme bien.

Il s'assoit contre un mur
Il glisserait plutôt
Comme le sol est dur!
Il n'a pas de repos
La nuit il dort si mal
Dans les miasmes sordides
De ce petit local
Si plein, mais qui lui semble vide
Vide de tous ces mots
Que personne ne dit
J'ai froid j'ai peur la vie
Mais où elle est ma vie?
Toujours courber le col
Attendre qu'on te donne
Tu es là sur le sol
Et personne ne te sonne
Tu n'as même plus d'avis
Tu n'iras pas voter
De ta voix ce pays
Ne veut pas en parler.
Ceci est si banal!

Tu n'es qu'un mal loti
On se renvoie la balle
C'est sa faute aussi
Il boit. Et il est sale
Je n'étais pas comme çà
Je le suis devenu
On te vire, tu t'en vas
Ailleurs il y a l'emploi
Oui mais ailleurs c'est où?
On ne me l'a pas dit
Et je m'en suis allé
De défaite en dépit
Trop vieux monsieur, trop cher
Mais qu'est-ce que vous croyez
Un jeune fera l'affaire
C'est çà ou le balai
Petits boulots sinistres
Et descente aux enfers
On écrit aux ministres
Qui n'en ont rien à faire
Alors là vous tombez.

Puis un jour c'est la rue
Une panne de loyer
Déjà huit mois monsieur
Vous ne pourrez plus payer.
On vous saisit vos biens
On vous met à la porte
Mais une âme sans toit
C'est comme une âme morte
Bien sûr on nous héberge
On nous donne à manger
Mais qui nous reconnaît
Qui nous sait humilié?
Pas cette jeune femme
Au bon pas élastique
Qui va en conquérante
Qui tient là son public
Elle fait une émission
J'ai vu à la télé
Le soir quand au foyer
Et par pure exception
Parce qu'il y a SA rubrique.

Ô combien je voudrais
Qu'un soir elle m'invite
Je pourrais m'expliquer
Dire que tout va trop vite
Je ne suis pas un clochard
Je suis un sans-abri
Un homme qui avait tout
A qui l'on a tout pris
Elle parle de nous
Mais ne nous connait pas
Elle invite des savants
Mais qui ne savent pas
Ils ont de beaux costumes
Rentrent chez eux le soir
Mais qu'est-ce qu'ils en sauraient
De notre désespoir
J'avais femme et enfants
Tout le monde est parti
Comment les faire vivre?
Je suis un sans-abri.

Mais demain si Dieu veut
Je pourrai repartir
Couper court mes cheveux
Et un peu me vêtir
J'élèverai mon âme
Vers un ciel plus serein
Si seulement cette femme
Me tendait une main!

 

signat rouge foncé